C'est LE mot qui fait peur à toutes les femmes après un accouchement : prolapsus (ou descente d'organes).
Vous ressentez peut-être une gêne, une sensation de pesanteur dans le bas-ventre en fin de journée, ou comme une "boule" à l'entrée du vagin. Vous n'osez pas en parler, vous avez peur qu'on vous dise qu'il faut opérer, ou pire, que "c'est normal après un bébé".
Brisons le silence : le prolapsus est fréquent (1 femme sur 3 après 50 ans, mais aussi chez les jeunes mamans), et surtout, il se traite très bien, souvent sans chirurgie. Dans cet article, nous allons démystifier ce phénomène, vous aider à repérer les signes, et vous donner les clés pour le prévenir ou le corriger.
1. Qu'est-ce qu'un prolapsus ?
Le bassin de la femme contient 3 organes principaux, alignés de l'avant vers l'arrière :
La vessie
L'utérus
Le rectum
Ces organes sont maintenus en suspension par des ligaments et soutenus par le bas par le périnée (le plancher pelvien).
Un prolapsus, c'est quand les ligaments se détendent et que le plancher faiblit : un ou plusieurs organes descendent alors plus bas que la normale, et viennent appuyer sur la paroi du vagin.
Les 3 types de prolapsus
Cystocèle (le plus fréquent) : C'est la vessie qui bascule vers l'arrière dans le vagin.
Hystérocèle : C'est l'utérus qui descend.
Rectocèle : C'est le rectum qui bascule vers l'avant dans le vagin.
Les stades de gravité
Stade 1 : Descente légère, souvent asymptomatique.
Stade 2 : L'organe arrive à l'entrée du vagin (visible à l'effort).
Stade 3 : L'organe dépasse l'entrée du vagin (extériorisé).
Stade 4 : Prolapsus complet.
Le saviez-vous ?
Un prolapsus de stade 1 ou 2 est très fréquent et réversible avec une bonne rééducation. Ne paniquez pas si votre gynéco vous dit "vous avez une petite descente de vessie". C'est un signal d'alarme pour prendre soin de votre périnée, pas une condamnation.
2. Quels sont les symptômes ?
Comment savoir si vous êtes concernée ? Voici les signes qui doivent vous alerter :
Sensation de pesanteur dans le bas-ventre ou le vagin, pire en fin de journée ou après une station debout prolongée.
Sensation de "boule" ou de corps étranger dans le vagin (comme un tampon mal mis).
Gêne sexuelle ou sensation de "béance".
Troubles urinaires : Difficulté à vider complètement la vessie, besoin de pousser pour uriner, fuites.
Troubles digestifs : Difficulté à aller à la selle (besoin de pousser fort).
Douleurs lombaires basses.
Ce qui n'est PAS un symptôme : La douleur aiguë. Un prolapsus est gênant, inconfortable, mais rarement douloureux "comme un coup de couteau".
3. Les facteurs de risque (et comment les éviter)
Pourquoi cela arrive-t-il ?
La grossesse et l'accouchement : Le poids du bébé et la poussée étirent les ligaments. Les forceps ou un bébé > 4kg augmentent le risque.
La ménopause : La chute des œstrogènes rend les tissus moins toniques.
Le sport à impact mal géré : Course, CrossFit, trampoline... si pratiqués sans bon gainage périnéal.
La constipation chronique : Pousser fort tous les jours est terrible pour le périnée.
Le port de charges lourdes répété.
La toux chronique (tabac, asthme).
4. Prévention et traitement : le rôle du kiné
La kinésithérapie est le traitement de première intention pour les stades 1 et 2.
Objectif 1 : Renforcer le plancher (le support)
Si les ligaments (le système de suspension) sont détendus, il faut absolument renforcer le plancher (les muscles du périnée) pour soutenir les organes par le bas. → Rééducation périnéale (manuel, sonde, biofeedback).
Objectif 2 : Gérer les pressions (la protection)
C'est LE point clé. Vous pouvez avoir un périnée musclé, si vous poussez vers le bas 100 fois par jour (en toussant, en riant, en faisant des abdos), vos organes finiront par descendre. Le kiné vous apprend à :
Verrouiller le périnée à l'effort (le Knack).
Respirer correctement (souffler à l'effort pour remonter le diaphragme).
Corriger votre posture (se grandir).
Objectif 3 : Les pessaires (le soutien immédiat)
Un pessaire est un dispositif en silicone (souvent un anneau ou un cube) inséré dans le vagin pour soutenir mécaniquement les organes.
C'est comme une "béquille" pour le vagin.
C'est invisible, indolore, et vous pouvez le mettre/enlever vous-même (comme une coupe menstruelle).
Génial pour le sport : Vous mettez votre pessaire pour aller courir, et vous l'enlevez après. Vous êtes protégée.
Chez BKS, nous pouvons vous conseiller sur l'intérêt d'un pessaire.
5. Les bons gestes au quotidien
Voici ce que vous pouvez faire dès aujourd'hui pour protéger votre périnée.
Aux toilettes (La selle)
Ne poussez jamais en apnée.
Utilisez un marche-pied sous vos pieds pour surélever les genoux (angle physio). Cela aligne le rectum et facilite l'exonération sans effort.
Si vous êtes constipée, traitez la constipation (fibres, eau, médecin).
Pour porter (Bébé, courses)
Pliez les genoux.
Expirez (soufflez) au moment de soulever la charge.
Serrez le périnée AVANT de soulever.
Le sport
Évitez les abdos "crunchs" (qui poussent vers le bas).
Privilégiez le gainage et les exercices hypopressifs.
Si sensation de pesanteur pendant le sport : Arrêtez, c'est que le périnée fatigue.
6. Et la chirurgie ?
La chirurgie (pose de bandelettes ou promonto-fixation) n'est envisagée que si :
Le prolapsus est de stade avancé (3 ou 4).
La rééducation et le pessaire n'ont pas suffi à soulager la gêne.
Vous ne prévoyez plus de grossesse (une nouvelle grossesse pourrait défaire l'opération).
La chirurgie ne dispense pas de rééducation ! Il faut quand même apprendre à gérer les pressions pour ne pas récidiver.
FAQ : Vos questions fréquentes
Est-ce que ça peut remonter tout seul ?
Non, les ligaments étirés ne reviennent pas à leur longueur initiale (comme un élastique trop tiré). MAIS, en tonifiant le périnée et en corrigeant la posture, les symptômes peuvent disparaître complètement et l'organe remonter fonctionnellement (il est mieux soutenu).
Puis-je refaire du sport avec un prolapsus ?
OUI ! L'inactivité est pire (fonte musculaire). Mais il faut adapter : sports portés (vélo, natation) au début, et pessaire pour les sports à impact si besoin.
Est-ce héréditaire ?
Il y a une part génétique dans la qualité des tissus (collagène). Si votre mère a eu un prolapsus, soyez vigilante, mais ce n'est pas une fatalité.
Conclusion
Le prolapsus n'est pas une fin en soi. C'est un signe que votre système de soutien a besoin d'aide. Avec une prise en charge adaptée (kiné, pessaire, hygiène de vie), vous pouvez vivre tout à fait normalement, sans gêne et sans renoncer à vos activités.
N'ayez pas honte. Parlez-en.
Vous avez une sensation de pesanteur ou un diagnostic de prolapsus ?
Prenez rendez-vous chez Batignolles Kiné Sport. Nos kinésithérapeutes spécialisées en santé de la femme évaluent votre grade, vous proposent un plan de rééducation complet et peuvent vous conseiller sur l'utilisation de pessaires si nécessaire.