Vous venez de finir un match intense. En rentrant chez vous, vous sentez des fourmillements dans le pouce, l'index et le majeur. La nuit, ça vous réveille. Le matin, votre main est engourdie pendant 10 minutes.
Ces symptômes typiques indiquent une compression du nerf médian au niveau du canal carpien. Chez le tennisman, cette pathologie est souvent déclenchée par les vibrations de la raquette et la technique de prise de grip.
Dans cet article, vous allez découvrir pourquoi le tennis favorise ce syndrome et comment le traiter sans arrêter de jouer.
1. Qu'est-ce que le syndrome du canal carpien ?
Le canal carpien est un tunnel étroit au niveau du poignet, formé par les os du carpe et un ligament (le rétinaculum des fléchisseurs). Dans ce tunnel passent :
Le nerf médian (qui innerve le pouce, l'index, le majeur et la moitié de l'annulaire).
Les tendons fléchisseurs des doigts.
Problème : Si la pression augmente dans ce tunnel (inflammation, gonflement), le nerf médian est comprimé.
Symptômes typiques
Fourmillements (paresthésies) dans le pouce, l'index, le majeur.
Engourdissement de ces mêmes doigts.
Aggravation nocturne (réveil par les symptômes).
Faiblesse de la pince pouce-index (difficulté à saisir des objets).
Douleur irradiant vers l'avant-bras parfois.
Attention : Ne confondez pas avec le syndrome du canal de Guyon (nerf ulnaire) qui touche le petit doigt et l'annulaire.
2. Pourquoi le tennis favorise-t-il le canal carpien ?
Cause 1 : Vibrations répétées
Chaque impact balle-raquette génère des vibrations qui remontent dans le poignet. Ces micro-traumatismes répétés créent une inflammation des tendons fléchisseurs, qui gonflent et compriment le nerf médian.
Facteurs aggravants :
Raquette trop rigide (sans amortisseur).
Cordage en polyester (moins souple).
Balles neuves (rebond plus sec).
Cause 2 : Grip trop serré
Problème : Vous serrez votre raquette comme si votre vie en dépendait. Résultat : contraction permanente des fléchisseurs, augmentation de la pression dans le canal.
Solution : Détendez votre grip entre les échanges. Le grip ne doit être serré QU'au moment de l'impact.
Cause 3 : Technique de revers
Le revers à une main avec poignet cassé (extension forcée) comprime le canal carpien à chaque frappe.
Cause 4 : Volume de jeu excessif
Jouer 4-5 fois par semaine sans récupération = inflammation chronique.
3. Tests de diagnostic
Test de Phalen
Fléchissez les deux poignets à 90° (dos des mains l'un contre l'autre).
Maintenez 60 secondes.
Positif si : Fourmillements dans les 3 premiers doigts.
Test de Tinel
Tapotez légèrement sur le canal carpien (face interne du poignet).
Positif si : Décharge électrique dans les doigts.
Confirmation médicale
Électromyogramme (EMG) : Mesure la conduction nerveuse. C'est l'examen de référence pour confirmer la compression.
4. Traitement conservateur
Phase 1 : Décompression et repos relatif
Objectif : Réduire la pression dans le canal.
Actions :
Attelle nocturne de repos : Maintient le poignet en position neutre la nuit (évite la flexion qui comprime le nerf).
Réduction du volume de tennis : 50% pendant 3-4 semaines.
Glace : 10 min après chaque session.
Phase 2 : Mobilisation nerveuse (neurodynamique)
Objectif : Faire "coulisser" le nerf médian pour libérer les adhérences.
Exercice de glissement neural :
Bras tendu devant vous, paume vers le haut.
Fléchissez le poignet (doigts vers le sol).
Inclinez la tête du côté opposé.
Maintenez 5 sec, relâchez.
Répétez 10 fois, 3x/jour.
Phase 3 : Étirements et renforcement
Étirement des fléchisseurs :
Bras tendu, paume vers le haut.
Tirez les doigts vers le sol avec l'autre main.
30 sec, 3 fois.
Renforcement des extenseurs :
Élastique autour des doigts, écartez les doigts (3 x 15).
Phase 4 : Adaptation du matériel tennis
Raquette :
Cadre plus souple (RA < 65).
Amortisseur de vibrations sur le cordage.
Grip plus épais (facilite la prise, moins de serrage).
Cordage :
Boyau naturel ou multifilament (plus souple que le poly).
Tension légèrement basse (1-2 kg de moins).
Technique :
Détendez le grip entre les frappes.
Évitez le poignet cassé au revers.
5. Traitement médical si échec
Infiltration de corticoïdes
Utilité : Soulagement temporaire (3-6 mois).
Limite : Ne traite pas la cause. Risque de fragilisation si répétée.
Chirurgie (Section du rétinaculum)
Indications :
Échec du traitement conservateur après 6-12 mois.
Perte de force ou de sensibilité persistante.
EMG montrant une souffrance nerveuse significative.
Résultat : Succès > 90%. Reprise tennis : 6-8 semaines post-op.
6. Prévention
Règle 1 : Échauffement des poignets
Avant chaque session :
Rotations de poignet (20 fois chaque sens).
Flexion/extension active.
Étirement doux des fléchisseurs.
Règle 2 : Grip détendu
Pensez à relâcher la raquette entre les points.
Règle 3 : Matériel adapté
Raquette non rigide + amortisseur.
Surgrip épais et absorbant.
Règle 4 : Pause et récupération
Ne jouez pas 5 jours d'affilée. Laissez récupérer vos tendons.
FAQ
Peut-on continuer à jouer avec un canal carpien ?
Oui si symptômes légers. Avec attelle nocturne + adaptation du matériel + réduction du volume. Non si perte de force ou symptômes constants.
L'attelle se porte-t-elle aussi le jour ?
Non recommandé (affaiblit les muscles). Portez-la surtout la nuit.
Combien de temps pour guérir ?
Traitement conservateur : 4-12 semaines.
Post-chirurgie : 6-8 semaines.
Conclusion
Le syndrome du canal carpien est fréquent chez les tennismen à fort volume de jeu. Mais avec des adaptations simples (matériel, technique, étirements), vous pouvez continuer à jouer sans sacrifier votre nerf médian.
N'ignorez pas les fourmillements. Ils sont un signal d'alerte.
Fourmillements persistants ?
Prenez rendez-vous chez Batignolles Kiné Sport. Nous évaluons votre nerf médian (tests cliniques), analysons votre technique et votre matériel, et construisons un programme de mobilisation nerveuse adapté au tennis.