Vous êtes en pleine journée de travail, et soudain, vous sentez des fourmillements dans votre bras gauche. Votre main s'engourdit. Vous secouez le bras, ça passe. Une heure plus tard, ça revient. Parfois, vous avez même l'impression que votre bras est lourd, faible.
Vous vous inquiétez : « Est-ce cardiaque ? Un problème de circulation ? Un nerf coincé ? »
Si ces symptômes apparaissent principalement quand vous travaillez sur ordinateur, vous avez probablement un syndrome de la traversée thoraco-brachiale (STT ou TOS en anglais : Thoracic Outlet Syndrome).
C'est une pathologie en forte augmentation chez les télétravailleurs, causée par une posture inadaptée qui comprime les nerfs et vaisseaux du bras. Dans cet article, vous allez découvrir comment la diagnostiquer, la différencier d'autres pathologies, et le protocole kiné pour la traiter.
1. Qu'est-ce que le syndrome de la traversée thoraco-brachiale ?
Le STT est une compression des nerfs, artères ou veines qui passent entre le cou et le bras, dans un espace anatomique appelé « défilé thoraco-brachial » (ou défilé des scalènes).
Les 3 structures qui peuvent être comprimées
1. Compression nerveuse (95% des cas)
Le plexus brachial (réseau de nerfs qui innerve le bras) est comprimé.
Symptômes : Fourmillements, engourdissements, faiblesse dans le bras et la main.
2. Compression artérielle (rare, 1-2%)
L'artère sous-clavière est comprimée.
Symptômes : Bras froid, pâle, douleur à l'effort, pouls faible.
3. Compression veineuse (rare, 2-3%)
La veine sous-clavière est comprimée.
Symptômes : Bras gonflé, bleuté, lourd.
Dans cet article, nous nous concentrons sur le STT neurologique (95% des cas).
Où se situe la compression ?
Il existe 3 zones de compression possibles :
Entre les muscles scalènes (cou) : Le plus fréquent.
Sous la clavicule : Compression costo-claviculaire.
Sous le petit pectoral : Compression sous le muscle de l'épaule.
Le saviez-vous ?
Le syndrome de la traversée thoraco-brachiale touche 3 à 8% de la population, avec une prédominance féminine (3 femmes pour 1 homme). Les télétravailleurs sont particulièrement à risque en raison de la posture « épaules enroulées » prolongée.
2. Les symptômes du STT chez le télétravailleur
Les symptômes varient selon la structure comprimée et la durée de la compression.
Symptômes typiques (compression nerveuse)
Fourmillements et engourdissements :
Principalement dans le bord interne de l'avant-bras et les 4e et 5e doigts (annulaire et auriculaire).
Parfois dans tout le bras.
S'aggravent en position assise prolongée, bras levés, ou en portant un sac à dos.
Faiblesse musculaire :
Difficulté à saisir des objets.
Sensation de « main qui lâche ».
Fatigue rapide du bras.
Douleur :
Douleur diffuse dans le cou, l'épaule, le bras.
Parfois irradiation vers la main.
Symptômes positionnels :
Aggravation en levant les bras (ex : se coiffer, accrocher un rideau).
Aggravation en position assise avec épaules enroulées.
Différencier le STT d'autres pathologies
| Pathologie | Symptômes clés | Différence avec STT |
|---|---|---|
| Syndrome du canal carpien | Fourmillements pouce/index/majeur, nocturnes | STT = annulaire/auriculaire, diurnes |
| Hernie cervicale | Douleur cervicale intense, irradiation précise | STT = douleur diffuse, pas de douleur cervicale |
| Problème cardiaque | Douleur thoracique, essoufflement, sueurs | STT = pas de douleur thoracique, lié à la posture |
Conseil du kiné : Si vous avez des fourmillements dans le bras gauche + douleur thoracique + essoufflement, consultez immédiatement un médecin (urgence cardiaque possible). Le STT ne provoque JAMAIS de douleur thoracique.
3. Les causes du STT chez le télétravailleur
Le télétravail crée les conditions parfaites pour développer un STT.
Cause 1 : Posture « épaules enroulées »
Problème : Écran trop bas → vous regardez vers le bas → épaules qui s'enroulent vers l'avant.
Conséquence : Les muscles scalènes (cou) et le petit pectoral (épaule) se contractent en permanence et compriment le plexus brachial.
Cause 2 : Souris trop éloignée
Problème : Souris placée loin sur le côté → bras en abduction constante.
Conséquence : Compression sous la clavicule.
Cause 3 : Absence de soutien des avant-bras
Problème : Avant-bras dans le vide, pas d'accoudoirs.
Conséquence : Les épaules « tirent » vers le bas, compression du défilé.
Cause 4 : Stress et tension musculaire
Problème : Stress chronique → contraction permanente des muscles du cou et des épaules.
Conséquence : Rigidification des scalènes, compression nerveuse.
Cause 5 : Faiblesse des muscles stabilisateurs de l'omoplate
Problème : Trapèze moyen et dentelé antérieur faibles → omoplate instable.
Conséquence : Mauvais positionnement de l'épaule, compression.
4. Les tests cliniques pour confirmer le diagnostic
Votre kiné ou médecin utilisera plusieurs tests pour confirmer le STT.
Test 1 : Test d'Adson
Asseyez-vous, bras le long du corps.
Tournez la tête du côté testé.
Inspirez profondément et maintenez.
Le praticien prend votre pouls radial (poignet).
Positif si : Le pouls diminue ou disparaît → Compression artérielle.
Test 2 : Test de Roos (EAST test)
Levez les deux bras à 90° (position « mains en l'air »).
Ouvrez et fermez les mains rapidement pendant 3 minutes.
Positif si : Fourmillements, faiblesse, incapacité à maintenir la position → Compression nerveuse.
Test 3 : Test de Wright
Levez le bras à 90° en abduction et rotation externe (comme pour lancer une balle).
Le praticien prend votre pouls.
Positif si : Pouls diminue + fourmillements → Compression sous le petit pectoral.
Test 4 : Palpation des scalènes
Le kiné palpe les muscles scalènes (cou). Si très tendus et douloureux au toucher → Suspect de STT.
Important : Aucun test n'est fiable à 100%. Le diagnostic repose sur la combinaison des tests + symptômes cliniques.
5. Le protocole de traitement kiné
Le traitement du STT repose sur 3 axes : correction posturale, relâchement musculaire, renforcement.
Phase 1 : Correction posturale et ergonomie (Immédiat)
Objectif : Éliminer la cause mécanique.
Actions :
Écran à hauteur des yeux : Support laptop + clavier externe.
Souris près du corps : Éviter l'abduction du bras.
Accoudoirs : Soutien des avant-bras à 90°.
Chaise avec soutien lombaire : Maintient le dos droit, évite l'enroulement des épaules.
Phase 2 : Relâchement musculaire (Semaine 1-3)
Objectif : Détendre les muscles qui compriment les nerfs.
Techniques :
Massage des scalènes (par un kiné) : Relâchement profond des muscles du cou.
Massage du petit pectoral : Relâchement du muscle de l'épaule.
Mobilisation nerveuse : Glissement du plexus brachial (technique spécifique).
Auto-traitement :
Étirement des scalènes : Inclinez la tête du côté opposé, maintenez 30 sec (3 fois de chaque côté).
Étirement du petit pectoral : Bras en appui dans l'encadrement d'une porte, tournez le buste (30 sec, 3 fois).
Balle de massage : Massez le petit pectoral avec une balle de tennis contre un mur (5 min).
Phase 3 : Renforcement des stabilisateurs de l'omoplate (Semaine 2-6)
Objectif : Corriger le déséquilibre musculaire.
Exercices clés :
Rowing avec élastique : Tirez un élastique vers vous, coudes le long du corps (3 x 15).
W scapulaire : Bras en W, serrez les omoplates (3 x 15).
Push-up plus : Pompe + protraction des omoplates (active le dentelé antérieur) (3 x 10).
Face pull : Tirez un élastique vers le visage, coudes hauts (3 x 15).
Résultat attendu : Réduction des symptômes de 60-80% en 4-6 semaines.
Phase 4 : Mobilisation nerveuse (Technique avancée)
Objectif : Restaurer le glissement du nerf.
Exercice de glissement neural (à faire avec un kiné d'abord) :
Bras le long du corps.
Levez lentement le bras sur le côté tout en inclinant la tête du côté opposé.
Redescendez lentement.
Répétez 10 fois, 2 fois par jour.
Attention : Ne forcez JAMAIS si douleur ou fourmillements intenses. Arrêtez immédiatement.
6. Quand envisager la chirurgie ?
La chirurgie est rare (< 5% des cas) et réservée aux échecs du traitement conservateur.
Indications chirurgicales
Échec du traitement kiné après 6-12 mois.
Compression artérielle avec risque de thrombose.
Anomalie anatomique (côte cervicale surnuméraire).
Atrophie musculaire de la main (signe de compression sévère).
Technique : Résection de la première côte ou section des muscles scalènes.
Résultat : Succès dans 70-90% des cas, mais rééducation longue (3-6 mois).
7. Prévenir le STT : les essentiels
Essentiel 1 : Ergonomie optimale
Écran à hauteur des yeux.
Souris près du corps.
Accoudoirs réglés à hauteur des coudes.
Essentiel 2 : Pauses actives
Toutes les 30 minutes :
Levez-vous, marchez 30 secondes.
Roulez les épaules en arrière (10 fois).
Étirez le cou (inclinaisons latérales).
Essentiel 3 : Renforcement préventif
2 fois par semaine :
Rowing avec élastique.
W scapulaire.
Étirements des pectoraux.
FAQ : Vos questions fréquentes
Combien de temps pour guérir ?
Stade précoce (< 3 mois) : 4-8 semaines avec traitement kiné + ergonomie.
Stade chronique (> 6 mois) : 3-6 mois, parfois plus.
Peut-on continuer à travailler ?
Oui, avec adaptations ergonomiques. Évitez les positions bras levés prolongées.
Le STT peut-il devenir permanent ?
Si non traité pendant des années, oui. Risque d'atrophie musculaire de la main (irréversible). D'où l'importance de consulter rapidement.
Les anti-inflammatoires aident-ils ?
Peu. Le STT est une compression mécanique, pas une inflammation. Le traitement repose sur la correction posturale et le relâchement musculaire.
Faut-il arrêter le sport ?
Évitez les sports avec bras levés (natation, escalade, musculation épaules) pendant la phase aiguë. Vélo, course, marche sont OK.
Conclusion
Le syndrome de la traversée thoraco-brachiale est une pathologie invalidante mais qui se traite très bien si elle est prise en charge tôt. La clé : correction ergonomique + relâchement musculaire + renforcement des stabilisateurs.
Ne laissez pas les fourmillements s'installer. Plus vous attendez, plus le traitement sera long.
Vous avez des fourmillements persistants dans le bras ?
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